En bref. Un exosquelette n’est pas un EPI : aucun fabricant ne le revendique et l’INRS rappelle qu’il n’existe pas de preuve scientifique établie de réduction du risque de TMS¹. Il ne s’impose donc pas ; il se propose à des volontaires, après les protections collectives. Les modèles motorisés sont des machines : directive 2006/42/CE aujourd’hui, Règlement (UE) 2023/1230 à partir du 20 janvier 2027 (marquage CE, déclaration UE de conformité)². Les passifs n’en relèvent pas. La NF X35-800 (AFNOR, 2 août 2023) est une méthode d’intégration, pas une certification ; ISO 25563 est encore un projet³. Le déploiement sûr repose sur : avis du médecin du travail, essai en situation, formation, temps de port limité, suivi.
Pas un EPI, et ce que ça change
Un équipement de protection individuelle protège contre un risque identifié : le casque contre la chute d’objet, le harnais contre la chute de hauteur. Pour être un EPI, un produit doit être conçu et certifié comme tel (règlement (UE) 2016/425). Aucun exosquelette du marché ne l’est. L’INRS le formule ainsi : « aucun fabricant, à notre connaissance, ne revendique le statut d’EPI […] il n’existe pas, à notre connaissance, de preuve scientifique quant à l’efficacité de ces technologies pour réduire ces risques »¹.
Conséquences pratiques :
- L’employeur ne peut pas l’imposer comme il impose un casque. Le port est volontaire ; un refus n’est pas une faute.
- Il ne remplace aucune mesure de prévention : la hiérarchie (supprimer, protection collective, organisation, protection individuelle) reste la règle, et l’exosquelette n’y figure même pas formellement.
- Il n’exonère pas l’employeur de son obligation de sécurité de résultat. Si un TMS survient malgré l’exosquelette, ce dernier n’est pas une défense en soi.
- Il s’inscrit dans le document unique comme une mesure complémentaire, avec son propre risque (report de contrainte, gêne, chute) à évaluer.
Machine ou pas : la ligne passe au moteur
L’INRS est net : « Seuls les exosquelettes robotisés relèvent de la directive machine. Cette directive ne s’applique pas aux exosquelettes non-robotisés (élastiques/ressorts) »¹. Un exosquelette motorisé doit donc porter le marquage CE au titre de la directive Machines 2006/42/CE, avec déclaration CE de conformité et notice. À partir du 20 janvier 2027, c’est le Règlement (UE) 2023/1230 qui s’applique aux machines mises sur le marché : exigences essentielles (annexe III), documentation technique (annexe IV), déclaration UE de conformité, marquage CE, notice possible au format numérique, évaluation par un organisme tiers pour les machines à haut risque². Les organismes notifiés peuvent être désignés depuis le 20 janvier 2024.
Un exosquelette passif n’est pas une machine. Il reste soumis au règlement sur la sécurité générale des produits (UE) 2023/988, applicable depuis le 13 décembre 2024, et aux règles du Code du travail sur les équipements de travail. Un fabricant sérieux fournit tout de même une déclaration de conformité, une notice et une analyse de risques. Demandez-les.
Deux cas particuliers : en zone ATEX, un passif doit être évalué pour ses sources d’inflammation non électriques, un actif certifié au titre de la directive 2014/34/UE ; et les exosquelettes médicaux (rééducation, ou lombaire à visée thérapeutique comme le Japet.W+, CE médical classe IIa) relèvent du règlement dispositifs médicaux, hors champ de ce guide.
NF X35-800, ISO 25563, ASTM F48 : ce qu’elles sont, et ne sont pas
NF X35-800 (AFNOR, publiée le 2 août 2023, révision prévue en 2028) : « Méthode d’intégration des dispositifs et robots d’assistance physique à contention de type exosquelette ». Elle décrit une démarche pour l’entreprise, en cinq temps : expression du besoin, sélection, conception ou adaptation, évaluation, déploiement. Elle exclut le médical, le sport et le loisir. Elle ne certifie pas un produit : on n’achète pas un exosquelette « conforme NF X35-800 », on conduit une intégration selon la NF X35-800³.
ISO 25563 : déclinaison internationale de la précédente (« Process for the integration of wearable physical assistive devices »). Au 14 septembre 2026, c’est un Committee Draft (stade 30.60), en développement. Aucune « certification ISO 25563 » n’existe⁴.
ASTM F48 : comité américain créé en 2017, une quinzaine de normes publiées (terminologie, guides, méthodes d’essai comme la F3580 en escaliers). Volontaires, elles ne valent pas marquage CE ; elles servent de référence aux fabricants pour caractériser leurs produits⁵.
Pour l’acheteur, la traduction est simple : un fabricant qui affiche « certifié NF X35-800 » ou « ISO 25563 » se trompe ou vous trompe. Ce qu’il peut légitimement montrer : le marquage CE (pour un actif), une déclaration de conformité, une notice complète, une analyse de risques, des essais ASTM ou internes, et des études indépendantes.
Ce que dit l’INRS
L’INRS a publié l’essentiel de la doctrine française : ED 6311 (état des connaissances sur l’impact sur la santé et la sécurité), ED 6315 (guide d’acquisition et d’intégration pour les préventeurs), ED 6295 (dix idées reçues), et une FAQ tenue à jour¹. Les points saillants :
- Les exosquelettes réduisent l’activité musculaire ciblée sur les tâches pour lesquelles ils sont conçus ; ce n’est pas une preuve de réduction des TMS, dont les causes sont multifactorielles.
- Ils peuvent déplacer la contrainte vers d’autres articulations, gêner l’équilibre, la marche, la perception, ou créer des points de pression.
- L’intégration doit être participative : utilisateurs, encadrement, médecin du travail, préventeur, avec des essais en situation réelle et une phase d’apprentissage.
- Le temps de port doit être limité à la tâche cible ; l’appareil se retire pour le reste.
- L’exosquelette vient après la suppression du risque, la protection collective et l’organisation.
L’étude ITMP × Hilti soutenue par l’OPPBTP (161 compagnons, 6 à 12 mois) confirme empiriquement les deux faces : baisse significative des douleurs d’épaules, de cou et de dos sans perte de productivité, et plus de 40 % d’utilisateurs qui l’ont porté moins de 20 % du temps⁶.
Contre-indications et rôle du médecin du travail
L’avis du médecin du travail n’est pas obligatoire pour un essai, mais il est fortement recommandé avant un déploiement, et il ouvre la voie « aménagement de poste » pour le financement. Les situations qui appellent son avis, sans que ce guide se substitue à lui :
- Grossesse : la plupart des fabricants l’excluent, notamment pour les ceintures lombaires et les systèmes à câbles au bassin.
- Pathologies dorsales ou articulaires en cours (lombalgie aiguë, hernie discale, tendinopathie active) : le report de contrainte peut aggraver.
- Troubles de l’équilibre, cardiovasculaires, cutanés (points d’appui, sudation sous les coques).
- Morphologies hors gabarit du fabricant : tailles, tour de biceps, stature. Un appareil mal ajusté est un appareil contre-indiqué.
Le médecin du travail peut aussi définir une durée de port, un protocole d’apprentissage progressif (par exemple 30 minutes le premier jour), et un suivi à un et trois mois.
Formation, suivi, hygiène
Formation. Trente minutes par utilisateur suffisent pour un passif : enfiler, régler, débrayer, retirer seul, reconnaître une gêne. Pour un actif : ajouter la gestion des batteries, les modes, les consignes en cas de panne. La formation est tracée (feuille d’émargement) : c’est une pièce du DUERP et du dossier de financement.
Suivi. Un point à un mois puis à trois mois : taux de port réel, tâches concernées, gênes, incidents, ressenti. Les appareils connectés fournissent le taux de port ; sinon, un carnet suffit. Ce suivi est ce qui distingue un déploiement d’un achat.
Hygiène. Un exosquelette est personnel ou désinfecté entre deux utilisateurs : housses lavables, coques nettoyables, textiles à 60 °C quand le fabricant le permet. En établissement de soins, la question conditionne le choix du modèle. Nos appareils de location sont révisés et désinfectés entre chaque client, avec housses de rechange.
Entretien. Sangles, élastiques et coques sont des pièces d’usure ; les batteries d’un actif se remplacent tous les 2 à 4 ans. Un carnet d’entretien par appareil, comme pour un harnais.
Check-list avant déploiement
- Le risque et le poste sont nommés dans le DUERP, avec les mesures collectives prises ou motivées.
- Le médecin du travail est informé ; les utilisateurs pressentis n’ont pas de contre-indication connue.
- Les utilisateurs sont volontaires et ont participé au choix.
- Un essai en situation a été conduit, avec retour écrit.
- Pour un actif : marquage CE, déclaration de conformité, notice, procédure de débrayage connue.
- Pour un passif : déclaration de conformité, notice, analyse de risques du fabricant.
- La formation est faite et tracée ; le temps de port est défini par tâche.
- Un suivi à un et trois mois est planifié ; les pièces d’usure et le nettoyage sont organisés.
Questions fréquentes
Puis-je obliger mes salariés à porter un exosquelette ?
Non. Ce n’est pas un EPI, le port est volontaire. Un refus n’est pas une faute et ne peut pas être sanctionné.
Un exosquelette passif doit-il être marqué CE ?
Pas au titre de la directive Machines, dont il ne relève pas. Il reste soumis à la sécurité générale des produits ; un fabricant sérieux fournit déclaration de conformité, notice et analyse de risques.
Que change le Règlement Machines 2027 pour moi ?
Pour un actif acheté après le 20 janvier 2027 : marquage CE selon le nouveau règlement, documentation technique complète, notice éventuellement numérique. Un actif acheté avant, conforme à la directive 2006/42/CE, reste utilisable.
Un vendeur m’annonce un exosquelette « certifié NF X35-800 ». Vrai ?
Non. La NF X35-800 est une méthode d’intégration pour l’entreprise, pas une certification de produit. Idem pour ISO 25563, encore en projet.
L’exosquelette réduit-il ma cotisation AT/MP ?
Pas directement. La cotisation dépend de la sinistralité constatée ; si les arrêts baissent, elle baissera avec un décalage de deux à trois ans. Aucune ristourne n’est attachée à l’achat d’un exosquelette.
Faut-il déclarer l’exosquelette au CSE ?
Le CSE est consulté sur les mesures de prévention et les modifications des conditions de travail ; un déploiement d’exosquelettes en relève. L’associer à l’essai est le plus simple.
Sources
- ¹ INRS, FAQ exosquelettes (Q6, Q7, Q8) ; ED 6311, ED 6315, ED 6295, ED 6161. inrs.fr.
- ² Règlement (UE) 2023/1230 du 14 juin 2023 relatif aux machines, applicable le 20 janvier 2027 ; texte consolidé au 27 juillet 2026. EUR-Lex ; EU-OSHA.
- ³ AFNOR, NF X35-800, publiée le 2 août 2023. boutique.afnor.org ; INRS, communication C2023-138.
- ⁴ ISO/CD 25563, en développement. iso.org.
- ⁵ ASTM Committee F48 on Exoskeletons and Exosuits. astm.org.
- ⁶ ITMP × Hilti, étude soutenue par l’OPPBTP, février 2025. Rapport.