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Guide · Choisir

Exosquelette actif ou passif : le comparatif par métier

Le passif accompagne une posture. L’actif porte une charge. Ce n’est pas tant une question de budget que de geste. Ce guide indique lequel pour quel métier, avec les chiffres qui vont avec.

En bref. Un exosquelette passif (ressorts, élastiques, câbles ; 1,3 à 4,6 kg ; 1 900 à 6 000 € HT ; pas de batterie) convient aux postures tenues et répétées : bras levés du plaquiste et du peintre, flexions du carreleur, penché du soignant. Un exosquelette actif (moteurs, batterie ; 2 à 9 kg ; 4 à 8 h d’autonomie ; 7 700 € à plus de 10 000 €) apporte une force supplémentaire pour lever des charges lourdes ou répétées : gros œuvre, logistique, transferts de patients. Dans le bâtiment de second œuvre et le soin, le passif couvre la majorité des besoins. Ni l’un ni l’autre n’est un EPI, ni une preuve établie de réduction des TMS ; les deux se choisissent par un essai en situation¹.

Comment ça marche

Le passif n’ajoute aucune énergie. Quand vous levez les bras, un ressort ou un élastique se tend ; il restitue cette énergie pour tenir les bras en l’air à votre place, et la charge est reportée, par des câbles et une ceinture, vers les hanches. Pour le dos, le principe est le même : en flexion, l’élastique se tend, et il aide à se redresser. Résultat : une posture coûte moins d’effort musculaire, mais l’appareil ne soulève rien. Il transfère.

L’actif ajoute de l’énergie. Un ou plusieurs moteurs, alimentés par une batterie, détectent l’intention de mouvement (capteurs d’inclinaison, de pression) et poussent dans le sens du geste : redresser le tronc avec 30 à 38 kg d’assistance chez German Bionic, soutenir un outil de 17 kg au bout d’un bras motorisé chez Hilti². Il soulève, ou il porte. Il pèse plus, il coûte plus, il se recharge.

Entre les deux, une troisième famille brouille la frontière : les quasi-passifs ou « passifs pilotés », où un petit moteur ajuste la tension d’un ressort sans fournir la force, et les outils cobotisés comme l’Exopush de Colas (râteau motorisé sur harnais), qui n’est pas un exosquelette porté au sens strict mais règle le même problème³.

Tableau comparatif

CritèrePassifActif
PrincipeRessorts, élastiques, câbles ; restitue l’énergieMoteurs et batterie ; ajoute de l’énergie
Ce qu’il faitSoutient une posture (bras levés, penché)Assiste une charge (levage, port, transfert)
Poids constaté1,3 kg (HAPO Front) à 4,6 kg (Scourpio) ; ~4 kg pour un lombaire2 kg (Japet.W+) à 8,9 kg (Cray X, batterie incluse)
AutonomieIllimitée4 à 8 h ; batterie hot-swap chez German Bionic (2 s), recharge 2 h 30 chez Japet
Enfilage20 s à 1 min, seul après réglage30 s à 1 min, seul après réglage
Prix achat HT1 880 à 2 995 € (épaules) ; ~5 900 € (lombaire haut de gamme)2 559 € (Hilti EXO-T-22, compensateur) ; 7 700 € (Japet.W+) ; 9 900 $ et plus (German Bionic)
EntretienSangles, coques, housses ; élastiques à remplacerIdem + batterie (2 à 4 ans), révision des actionneurs
RéglementationHors directive Machines (INRS) ; marquage CE produitDirective Machines, puis Règlement (UE) 2023/1230 au 20 janvier 2027
Métiers typesPlaquiste, peintre, carreleur, électricien, soignantGros œuvre, logistique, brancardage, manutention lourde

Chiffres constatés au 14 septembre 2026 sur les fiches fabricants et revendeurs cités en source. Ils bougent vite ; nous les mettons à jour à chaque révision de ce guide.

Par métier

Plaquiste

Passif d’épaules, sans hésiter. Le geste dimensionnant est le vissage de plaques au plafond, bras au-dessus de 90°. Dans l’étude ITMP × Hilti (161 compagnons suivis 6 à 12 mois, soutien OPPBTP), les douleurs d’épaules, de cou et de dos ont baissé de façon significative sans perte de productivité⁴. Les modèles : Hilti EXO-S (2,4 kg, 1 880 € HT), Skelex 360 (2,85 kg, 2 995 € HT), Ottobock Shoulder (1,9 kg), ErgoSanté HAPO Front (1,3 kg, 1 900 €). Avec ou sans soutien cervical selon que le regard reste levé longtemps. Page plaquiste.

Peintre

Passif d’épaules aussi, avec une attention au poids : le peintre fait beaucoup d’allers-retours, monte et descend d’escabeau. Les modèles les plus légers (HAPO Front 1,3 kg, Ottobock Shoulder 1,9 kg) gagnent ici. Le rapport OPPBTP sur les peintres note un soulagement aux épaules et un ressenti mitigé au niveau du dos selon les tâches⁵. Page peintre.

Carreleur

Deux postures : à genoux et penché pour la pose au sol, bras levés pour les faïences hautes. Pour la pose au sol, un passif lombaire ou un soutien de genoux ; pour le grand format porté à deux, la question est plutôt celle des aides mécaniques (ventouses, chariots) que de l’exosquelette. Un actif lombaire (Japet.W+, 2 kg) se discute pour des poses intensives de grands formats. Page carreleur.

Gros œuvre et logistique

C’est le terrain de l’actif : port de sacs, de parpaings, de banches légères, chargement de camion. Un lombaire motorisé (30 à 38 kg d’assistance chez German Bionic, 6 à 8 h d’autonomie) ou un outil cobotisé (Exopush chez Colas : effort divisé par 5, inclinaison du dos de 50° à 20°, 83 appareils dans 77 agences)³. Le passif lombaire reste pertinent pour les tâches penchées longues (ferraillage au sol, coffrage bas). Page gros œuvre.

Soignants

Passif lombaire pour les toilettes, les soins au lit, les penchés répétés ; il doit être lavable, discret, compatible avec l’hygiène. L’actif lombaire se discute pour le brancardage et les transferts, en complément des aides mécaniques (lève-personnes, rails), jamais à leur place. Les retours de terrain hospitaliers montrent une adhésion très variable selon les services⁶. Page soignants.

Poids, autonomie, prix : ce que disent les fiches

Poids. Le passif d’épaules le plus léger du marché pèse 1,3 kg (HAPO Front) ; le plus lourd, 4,6 kg (Scourpio, compatible EPI amiante). Chez les actifs, l’écart est plus grand : 2 kg pour le Japet.W+ (traction lombaire, 4 micromoteurs) contre 8,9 kg pour le Cray X batterie incluse, ramené à environ 7 kg sur l’Exia de 2025². En pratique, au-delà de 3 kg sur les épaules ou 5 kg sur le dos, l’adhésion chute vite sur un chantier.

Autonomie. Illimitée pour le passif. Pour l’actif, 7 h et 2 h 30 de recharge chez Japet ; 4 à 8 h chez German Bionic avec batteries 40 V échangeables à chaud ; batteries Nuron partagées avec les perforateurs chez Hilti (EXO-T-22)². Une journée de chantier tient avec deux batteries.

Prix. 1 880,96 € HT (Hilti EXO-S standard) à 2 995 € HT (Skelex 360) pour un passif d’épaules ; 5 900 € pour un Ottobock Paexo Back (leasing dès 69 €/mois) ; 2 559 € HT pour le compensateur d’outil Hilti EXO-T-22 ; 7 700 € pour le Japet.W+ dispositif, intégration et accompagnement compris ; 9 900 $ pour l’Apogee+ de German Bionic, le reste sur devis². Coût de possession d’un actif industriel : batterie à remplacer tous les 2 à 4 ans, révision des actionneurs⁷.

Ce qu’aucun des deux ne fait

Il ne supprime pas le risque. L’INRS le dit sans détour : « il n’existe pas, à notre connaissance, de preuve scientifique quant à l’efficacité de ces technologies pour réduire ces risques » de TMS¹. Les études montrent une baisse de l’activité musculaire ciblée et des douleurs ressenties, ce qui est déjà beaucoup, pas une disparition des maladies professionnelles.

Il n’est pas un EPI. Aucun fabricant ne revendique ce statut. Il ne s’impose donc pas ; il se propose à des volontaires, après les protections collectives et l’organisation du travail.

Il déplace parfois la contrainte. Soulager les épaules peut charger les lombaires ou les hanches ; soulager le dos peut gêner la marche ou l’accroupi. C’est la raison d’être de l’essai en situation : voir où la contrainte va.

Il ne se porte pas toute la journée. Dans l’étude Hilti, plus de 40 % des compagnons l’ont porté moins de 20 % du temps disponible⁴. Le bon appareil est celui qu’on remet le lendemain pour la tâche qui le justifie, pas celui qu’on garde huit heures.

Comment trancher

  1. Nommez le geste, pas le métier : « bras au-dessus de 90° pendant 2 h par jour » (seuil du tableau RG 57 pour la coiffe des rotateurs⁸), « 60 flexions du tronc par heure », « port de 25 kg à hauteur de taille ». Le geste dit la famille.
  2. Posture ou charge ? Posture tenue ou répétée : passif. Charge à soulever ou à porter : actif ou aide mécanique.
  3. Vérifiez l’environnement : EPI existants (harnais antichute, combinaison), passages étroits, humidité, hygiène. Un actif de 8 kg ne monte pas sur un échafaudage roulant ; un passif à câbles ne se lave pas en machine.
  4. Essayez deux modèles sur une matinée de travail réel, réglés sur chaque utilisateur. C’est la méthode que décrit la norme NF X35-800 et que nous appliquons lors de l’essai sur chantier.
  5. Louez avant d’acheter : trois à quatre semaines de location disent si l’appareil est encore porté au bout d’un mois. Pour un actif, cette étape n’est pas facultative.

Questions fréquentes

Un passif suffit-il pour un plaquiste ?

Oui, dans la grande majorité des cas. Le geste est postural (bras levés), pas une charge. Un actif n’apporte rien de plus ici et coûte trois à cinq fois plus.

Un actif est-il dangereux en cas de panne ?

Les modèles industriels sont conçus pour se comporter comme un passif ou un poids mort en cas de coupure ; le débrayage doit être montré à chaque utilisateur. Au 20 janvier 2027, tout actif mis sur le marché relève du Règlement Machines (UE) 2023/1230⁹.

Peut-on porter un exosquelette avec un harnais antichute ?

Certains passifs d’épaules sont compatibles avec un harnais porté par-dessus ou par-dessous, d’autres non. C’est un point de contrôle de l’essai, avec votre matériel.

Combien de temps par jour ?

Le temps de la tâche qui le justifie : deux heures de plafond, une série de transferts. Pas huit heures. L’acceptation sur la durée dépend de cette règle.

Passif et actif sont-ils financés de la même façon ?

Ni l’un ni l’autre ne figure dans les listes de subventions nationales. Les voies (contrat de prévention CARSAT, aménagement de poste, ARS) sont les mêmes ; le prix d’un actif rend le dossier plus exigeant. Le détail.

Sources

  1. ¹ INRS, FAQ exosquelettes, questions 7 et 8 ; ED 6311, ED 6315, ED 6295. inrs.fr.
  2. ² Fiches fabricants et revendeurs, consultées le 14/09/2026 : Hilti France (EXO-S, EXO-T-22), Skelex (360), Ottobock (Shoulder, Paexo Back), ErgoSanté (HAPO Front, fiche 01/2025), Japet Medical (Japet.W+), German Bionic (Cray X manuel FCC 09/2022, Apogee ULTRA CES 2025, Exia 27/05/2025), Sept Tools (Scourpio).
  3. ³ INRS, TF 291, retour d’expérience Exopush chez Colas (2021).
  4. ⁴ ITMP × Hilti, étude soutenue par l’OPPBTP, février 2025 ; communication Hilti France 26/06/2025. Rapport.
  5. ⁵ OPPBTP, rapport d’essai exosquelettes chez les peintres (voir page peintre).
  6. ⁶ Retours CH d’Aubagne (FIPHFP), hôpital de Forcilles (Medtech France) ; voir page soignants.
  7. ⁷ Mordor Intelligence, Wearable Robots and Exoskeletons Market, 2025 (coût de possession, non vérifié fabricant).
  8. ⁸ Tableau RG 57 des maladies professionnelles. inrs.fr.
  9. ⁹ Règlement (UE) 2023/1230, applicable le 20 janvier 2027. EUR-Lex.
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